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  • Céline Schwob

HÔPITAL PUBLIC - USINE EN GALERE

Mis à jour : 9 janv. 2020


« Vous vous plaignez mais nous aussi on est en galère, la moitié des effectifs sont en arrêt les uns à la suite des autres, c’est pour tout le monde pareil, il faut faire avec »

Alors oui, c’est la même galère pour tous mais non ce n’est pas une raison de se résigner. Si il y a un moment plus qu’un autre où il faut sortir les crocs et les cris c’est maintenant. Raison à ceux qui osent dénoncer au prix de pressions, de perte d’énergie.

Ce n’est pas parce que la violence qui est présente et perçue comme banale, légitimée doit être considérée comme normale. Il n’y a rien de normale dans l’idée que la moitié des effectifs du personnel hospitalier ressente un état de souffrance et d’épuisement chronique.


La violence a de nombreuses facettes. Elle n’a pas forcément besoin d’être physique pour être destructrice. Bien au contraire, celle qui est indicible, quotidienne peut faire bien plus de ravages.

Il est de notoriété publique qu’un écart incommensurable réside entre les instances directionnelles et le personnel en place, qui eux sont face aux patients, aux humains parfois en détresse. Autre symptôme d’une politique délétère plus économique que sociale. En quoi est ce normal que des patients en détresse se retrouvent face à des soignants en détresse ?

Situation absurde qui de fait confine au non sens. Or quand le sens n’est plus … les directions se perdent, ce qui ne favorise en rien une bonne relation entre services.


Pire, on peut faire le constat que des personnes qui pourraient se faire alliés et fédérer leur forces, se retrouvent engluées dans une logique qui anime les rancœurs et rivalités. Ce qui génère davantage de violence.

Toujours est-il que pendant ce temps, ce sont les patients qui trinquent.


Le mécanisme de la violence est insidieux car il s’immisce progressivement et ne joue pas en la faveur de celui qui la reçoit. Au contraire la personne qui la reçoit tous les jours va voir progressivement le filtre de ses défenses s’amenuiser jusqu’à souvent ressentir une forme de paralysie. La maltraitance, la violence quotidienne banalisée plonge l’individu dans un état de sidération sans réel moyen de recours si ce n’est celui de pactiser avec le diable. J’entends par là un fonctionnement tout à fait humain qui consiste à activer des mécanismes de survie et donc à se couper d’une partie de soi-même, à adopter des postures automatiques. Faire un pacte avec le diable c’est aussi faire des compromis avec son éthique. Or ceux qui ont essayé savent probablement davantage ce qu’est le burn-out.


Il faut bien se rendre compte qu’il s’agit d’un système qui mène à bout de nerfs même ses meilleurs « éléments ». Quand on incite une personne à dealer avec elle même, on prend le risque de tomber dans les méandres de la psyché humaine.


Autre effet de mode, les restructurations, les fusions de service qui si elles ne sont pas accompagnées peuvent engendrer de lourdes conséquences. Aucune n’est anodine mais certaines par contre sont létales. Des soignants y laissent leur santé physique, psychique ou pire la vie. Nous penserons à des décompensations somatiques, à des modalités dépressives, au burn-out et n’ayons pas peur des mots, au suicide. Est ce normal ? Il n’existe évidemment pas de cadre idyllique mais il paraît fondamental de crier que le manque de communication et de considération inhérent à une demande institutionnelle logiquement chiffrée tue à petit feu.


L’image qui me vient à chaque fois est celui du radeau de la méduse.


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